. . . Pause. . . . © Luune *

. .  . Pause. . . .  © Luune *
Je mets ce blog en pause pour une durée indéterminée.
Vous pouvez toujours me retrouver sur mes deux blogs principaux, mes bébés que sont EtreBella et ReasonToBelieve.

Je n'arrête pas cette fiction, ceci dit je la continuerais quand j'en aurais le temps et l'envie, ce qui n'est pas le cas en ce moment. J'en ai plus que marre des pubs incessantes, des amis anonymes qui ne laissent aucune trace, donc, à bon entendeur, je ne valide plus aucune demande d'amis !

Je n'oublie pas non plus ceux qui se reconnaîtront, je viendrais lire vos fictions dès que j'en aurais l'occasion. Pensée pour Moony, Emy et Ravesa, qui écrivent mieux que quiconque.

# Posté le vendredi 12 juin 2009 08:33

Modifié le lundi 07 septembre 2009 04:20

"Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité." St Exupéry.

 "Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité."   St Exupéry.
Bienvenue.


En venant ici, vous vous plongez dans mon univers.
Désillusion, cynisme, espoirs et valeurs y sont mêlés.
Ne vous attendez pas à une quelconque happy end, chez moi, ça n'existe pas.
Ne pensez pas que la vie fait des cadeaux.
Pas de candeur.


Je suis Charlène, j'ai 2O années d'existence dans un monde qui ne semble pas être le mien.
J'écris, pour mon propre plaisir avant tout. Je ne prétends avoir aucun talent.
Je ne cherche rien en étant ici. C'est une expérience.
Je vous étale mes mots, libre à vous d'apprécier ou non.
Cependant, je refuse la méchanceté gratuite.
J'aime lire des commentaires "constructifs", j'aime connaître vos sentiments durant la lecture.

Mon histoire : la vie. Sous sa forme la plus réaliste. Pas d'espoir bercé d'illusion.
La vie comme elle est. Sans pitié quelconque. Puissante et devastatrice.
Et si savoureuse en même temps.



[ Sachez lire entre les lignes. ]



" Il y a deux façons de voir la vie, l'une comme si rien n'était un miracle, l'autre comme si tout était miraculeux..."
Einstein




STOP AUX PUBS !!! ><

# Posté le mardi 26 mai 2009 16:04

Modifié le jeudi 20 août 2009 04:01

. . O N E __S H O T . . © Luune *

. . O N E __S H O T . . © Luune *

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Elle était là. Face à moi. Sans pitié, sans compassion. Elle obsédait mes yeux, troublait mon esprit, serrait mon myocarde déjà trop écorché. Elle était posée nonchalamment sur mon bureau, sur le tas de feuilles que j'avais remplis de mots. Des mots pour l'exorcisme de mes maux. Elle ne demandait rien à personne, elle se fichait de tout. Le mal, le bien, elle ne connaissait pas. Mais elle est était plus apte à faire le mal. Elle était abimée et souillée. La couleur rouge écarlate cachait sa couleur initiale. Elle était là. Face à moi. Cette lame. Celle qui depuis des mois m'aidait sans le faire vraiment. Celle qui depuis des mois faisait mal à mes proches. Bien plus qu'à moi. Cette lame qui avait été la motivation de mes nuits blanches colorées par le rouge. Cette lame qui avait été la pseudo solution à mes tourments.

Son image provoquait en moi une frénésie incontrôlable. Il fallait que je m'empare d'elle. Il fallait que je la tienne, que je la fasse mienne. Qu'elle ait son emprise sur moi, qu'elle ait le dessus sur mon esprit, qu'elle souille ce corps. Ce corps destitué d'âme depuis déjà trop de temps. Je la tenais dans ma main, à présent. Elle était si fine, si légère, et pourtant, elle portait tout mon poids. Tout le poids de mes tristes années, de mes blessures. Elle portait les marques de toutes ces coupures sur mon bras. Elle contenait tous mes secrets. Elle était la clef de cet enfer dans lequel je m'enfonçais un peu plus chaque jour. Un enfer qui m'apporterait un jour le paradis. La délivrance. Le secours.

Doucement, je la fais glisser sur ma peau déjà bien trop usée. Une fois. Deux fois. Trois fois. Puis la douleur aigue, criarde, mais si apaisante. Toute ma haine se trouve en ce point précis, en cette douleur lancinante et brûlante qui reflète mes pires maux. Ecorchée vive. Au sens propre du terme. Témoignage de mes espoirs ligaturés. De mes joies circoncises. De mon bonheur calciné. De ce souvenir trop présent qui me hante et qui m'ôte la vie. Chaque souffle est un supplice. Mon c½ur se démantèle. Chaque jour en plus le resserre. J'attends l'implosion. Celle qui me conduirait à ses côtés.

La porte s'ouvre. Elle entre. Elle se pose à côté de moi, m'observe. S'empare de ma lame. Me la confisque, une nouvelle fois. Tout en sachant que je recommencerais. Elle s'en va, dans son mutisme d'impuissance, les yeux dans le vide, les bras ballants. Elle claque la porte, preuve de son affliction. Mes larmes perlent le long de mes joues creuses. Je lui fais mal. Tous les jours. Je la désillusionne. Je la désarme, lui ôte tout le pouvoir qu'une mère peut avoir sur son enfant. Je la blesse. Je la contamine de mes blessures. Je lui transmets mon vague à l'âme. Je me hais. Toujours plus au fil du temps. Parce que je la détruis en même temps que moi.

Je ne supporte plus ce fardeau que je traîne. Je ne supporte plus de la voir partir avec moi. Je ne supporte plus le poids des jours. Je hais. Le soleil, les nuages, les miroirs, les éclats de rire. Tout. Je marche frénétiquement. Sans bruit. Je vais dans la salle de bain. Je ferme la porte à clef derrière moi. J'ouvre les robinets, fait couler de l'eau bien chaude dans la baignoire. Je sais que la chaleur apaise. Anesthésie. J'enlève mes vêtements trop grands. Je dépose une lame toute neuve sur l'email du bain. La lame. Celle que j'ai choisie avec précaution depuis longtemps. Celle que j'ai prévue. Fine et aiguisée, légère et tranchante. Je plonge mes jambes dans l'eau brûlante. Je m'assois. Je fais défiler une dernière fois ton souvenir, écoute une dernière fois ta mélodie. Puis j'entame ma destruction. Les bras tendus. Avec motivation et détermination. La lame se fait faucheuse. L'eau si claire devient écarlate. J'attends que mes veines se vident, en silence, sereine. Je n'ai pas mal. Mon myocarde sait que tout va aller pour le mieux. Je fixe le plafond. Un voile se dépose sur mes yeux. Ma respiration se saccade. Je souris. La délivrance.


# Posté le mardi 16 juin 2009 06:04

Modifié le jeudi 20 août 2009 04:05

. . P R O L O G U E . . © Luune *

.   .   P R O L O G U E . .  © Luune *


A ce moment précis, il y a 6 470 818 671 personnes dans le monde. Certains prennent peur. Certains rentrent chez eux. Certains racontent des mensonges pour s'en sortir. D'autres font simplement face à la vérité. Certains sont des êtres maléfiques en guerre avec le bien, et certains sont bons et luttent contre le mal. Six milliards de personnes dans le monde, six milliards d'âmes. Et parfois... il ne vous en faut qu'une seule.
Peyton, One Tree Hill





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Je décrocherais la lune pour ton sourire. Vraiment. Je prendrais mon envol grâce aux ailes que ton amour m'a donné. Je ramasserais de la poussière d'étoiles au passage. Je m'approprierais le pouvoir de graver ton nom dans la roche lunaire. Puis, je te la ramènerais. Ton regard ébahi lancerait une décharge électrique dans mon myocarde, me redonnant le goût de vivre. De vivre pour toi, pour ton âme, pour ton regard affolant. On se tiendrait par la main, nous accaparant la moindre seconde de bonheur. Et on serait égoïstes. Plus rien autour n'aurait d'importance. On entendrait seulement les battements synchronisés de nos deux c½urs amoureux. On sentirait uniquement la chaleur de nos deux âmes entremêlées.

# Posté le mercredi 27 mai 2009 05:37

Modifié le jeudi 20 août 2009 04:13

. . 1. . . © Luune *

.  . 1. .  . © Luune *





« Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant,
Jeune et pourtant très vieux. »
Spleen, Baudelaire

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.............................Je m'appelle Christina, et j'ai vingt et un ans. Mais plus généralement, vous entendrez parler de moi sous le diminutif de Chris. On vous parlera de moi comme d'une fille précieuse, qui ne se préoccupe que de sa propre petite personne et de la prochaine soirée à laquelle elle sera conviée. On vous ventera mon statut de « fille de », tout en faisant au passage l'éloge de la réussite du père. On fera la mauvaise langue à propos de la mère, femme classieuse et diplomate, qui ne se donne même pas la peine de travailler, parce que, quand même, on est tous un peu jaloux du fait qu'elle soit mariée à un richissime homme d'affaires. On critiquera mon instabilité, mon attitude « volage », parce qu'on a toujours un n½ud dans la gorge lorsque l'on remarque qu'on n'a pas tous les hommes à nos pieds. On parlera même d'indécence face à tant de conquêtes. On jasera sur la manière dont j'obtiens tout ce que je veux, quand je veux, qu'il ne s'agit même plus de facilité à ce niveau. On pleurnichera à propos de l'injustice de la vie, à propos du fait qu'on passe notre vie à trimer pour rien et que d'autres n'ont pas besoin de remuer un seul orteil pour obtenir ce qu'ils désirent.

............................Vous l'aurez compris, on vous décrira d'une façon plus que parfaite une apparence, et on omettra l'essentiel.

............................Je suis Chris, fille d'un homme pitoyable qui croit régner sur le monde alors qu'en fin de compte, il ne règne que sur son entreprise qui s'avère -heureusement pour moi- fructueuse et influente.
Je suis Chris, fille d'une femme qui pense que tout lui est acquis, qui regarde tout le monde de haut y compris moi, son enfant qu'elle a mis au monde et qu'elle a confié à une nurse afin de ne pas trop en endosser le poids. Poids qui lui était déjà trop encombrant lors de sa grossesse, et qu'elle s'est empressée de se faire liposucé quelques mois après son accouchement.
Je suis Chris, fille unique de deux personnes étrangères.
Chez moi, l'argent n'est pas une préoccupation première, plutôt une futilité et un moyen d'obtenir ce que je veux, quand, où, et de qui je veux. Je suis propriétaire de dix cartes de crédit, que je ne manque pas de faire flamber à la moindre occasion. Lorsque je vois une paire de Gucci en vitrine, je n'hésite pas le moins du monde, même si je sais qu'elles vont être enterrées dans mon dressing géant, sur l'étagère où est également entreposée ma collection de Prada.

............................Je suis Chris, et j'ai vingt et un ans.
Je suis étudiante en Lettres Modernes, cursus qui pour moi est plus un passe-temps qu'autre chose. Je suis fascinée par Baudelaire et Rimbaud, sans pour autant me donner la peine de comprendre le pourquoi du comment de leurs vers. Tout cela, pour moi, est une façon de faire bonne figure devant mon paternel, afin qu'il me donne ce dont j'ai besoin pour établir ma petite vie sans véritable couleur.

............................Je suis Chris, vingt et un ans, et les hommes sont tous à mes pieds.
Il faut l'avouer, mes parents ont fait du bon boulot et mon physique est plutôt du genre à ne laisser personne de marbre : j'ai des yeux bleus océans et hypnotiques, des cheveux d'un noir de jais que même une teinture n'est pas à même d'égaler. Je suis grande et élancée. Mon physique n'a jamais été un problème, mes jambes longues et fines provoquent généralement une légère tachycardie aux garçons futiles qui osent prendre place près de moi dans l'amphithéâtre.

....................Je suis Chris, et je ne vous jetterais aucun regard, à vous, les gens heureux.
....................Je suis Chris, et les paradis artificiels me protègent.
....................Je suis Chris, et je n'ai aucune idée de ce que peut être l'amour.
....................Je suis Chris, et dans ce monde où tout tourne à vitesse grand V, je suis seule.

Irrémédiablement seule.





***




....................« Bip... Biip... Biiip... Biiiiip ! »
Telle était la violence qui retentissait de mon réveil, tous les matins à huit heures précises. Généralement, je l'envoyais valser contre un mur, mais ce matin-là, je ne m'en sentais pas la force. Ma tête m'infligeait une douleur aigue, et l'envie de sortir de mon lit était totalement absente. Je n'avais aucune envie d'écouter les récits soporifiques de mon professeur de littérature classique. J'avais donc décidé de sécher mes cours. Ca ne pouvait pas me faire de mal après la soirée euphorique et excessive que j'avais passée la veille. Comme toujours, je ne me rappelais que de certaines bribes des évènements passés, les souvenirs étant noyés dans tous les gins tonics et toutes les vodkas que j'avais volontairement ingurgitées.

....................Une odeur fanée et désagréable avait chatouillé mon nez. Mes cheveux sentaient le tabac froid, mêlé à une vague odeur de cannabis. J'avais froncé les sourcils. Encore une fois, j'avais dû me laisser entraîner dans la spirale frénétique d'un joint partagé, ou de plusieurs peut-être, je n'en avais pas la moindre idée. Si j'appréciais l'alcool pour me réfugier dans un état artificiel, je n'appréciais que modérément la drogue, aussi douce soit celle-ci. Le souvenir d'un bad trip me freinait totalement. A l'âge de quinze ans, j'avais réagit d'une façon totalement effrayante après avoir tiré quelques taffes sur un joint échangé entre copines, mes excès n'étant pas nouveaux. Mon corps avait lâché, me plongeant dans un pseudo coma où mon esprit n'était plus maître de lui-même. Un malaise. Plusieurs. Lorsque je revenais à moi, il passait une petite minute et je sombrais à nouveau dans le noir. Mon c½ur cognait à m'en rendre sourde, mon sang semblait se bloquer au niveau de mes tempes. Il avait fallu un après-midi entier pour me remettre d'aplomb. Je m'étais juré de ne plus y toucher.

Foutaises.

Un cercle vicieux, un tourbillon non maîtrisable.
J'avais bu mon premier verre d'alcool à l'âge de treize ans, et fumer ma première cigarette au même âge. Depuis, je buvais plus de bières ou de vodka que d'eau.

Un tourbillon infernal.

Prenant mon courage à deux mains, j'avais filé dans ma salle de bains afin d'y prendre une douche revigorante. J'étais resté un long moment sous l'eau bouillante, pensant que ça ôterait toute impureté, désintégrerait tous mes maux.

Tendre illusion.

Une fois sortie, j'avais observé mes traits dans mon miroir mural. De longs cernes creusaient mes yeux vides. Ma peau semblait perdre de sa douceur. Mes cheveux tombaient en masse.

Autodestruction insoupçonnée.

....................Je m'étais ensuite dirigée vers la porte de mon dressing, puis j'y étais entrée et avais jeté mon dévolu sur un simple jean Le Temps des Cerises et un haut échancré noir trouvé chez Dior.
Après avoir mis une heure supplémentaire à me faire un brushing, à me maquiller pour cacher mes cernes, et à résoudre le problème existenciel qui s'installait face aux choix de mes chaussures, j'étais descendue dans la cuisine.
Mes maux de tête avaient décidé de leur nouveau lieu de résidence. J'avais alors pris l'arme destructrice : l'aspirine.

Mon téléphone portable avait sonné. Je m'en étais emparé et avait observé l'écran annonciateur : c'était Mandy.

« Allô ?! »

« Hey Chris ! M'avait elle hurlé, joyeuse. C'était simplement génial hier soir, faudra qu'on se refasse ça. T'étais bien déchaînée en tout cas ! »

Je n'avais aucune envie de savoir ce que j'avais encore bien pu faire de « génial ».

« Chris ?! T'es là ?! »

« Oui, j'suis là Mandy. Tu veux quoi ? »

« J'me suis simplement dit qu'on pourrait aller sur la Croisette aujourd'hui, manger un morceau, j'ai la dalle tu t'imagines même pas, et on irait faire un tour chez Gucci, j'ai vu une paire de spartiates à tomber, il faut vraim... »

« Oui Mandy, c'est bon, on se rejoint dans une demi heure. »

J'avais ensuite raccroché. Aucune envie de l'entendre vociférer au téléphone, j'avais assez mal à la tête comme ça. Mandy était quelqu'un que je connaissais de longue date. C'était la fille de l'adjoint de mon père, elle était donc toute aussi riche que moi. Sur ce point, nous nous ressemblions, à la différence qu'elle, elle appréciait la vie qu'elle menait et ses excentricités.

....................Moi, je me sentais intruse, dans ce monde. Je ne trouvais pas ma vraie place, je ne savais pas qui j'étais. J'étais. C'était là ma seule certitude. J'errais dans l'existence, sans but réel.



N'hésitez pas à me laisser de bons gros commentaires, j'en suis gourmande.
S'il y a des fautes de frappe ou d'orthographe, signalez-le moi !
Je ne prétends pas avoir un quelconque talent.
Dites moi si quelque chose cloche dans le texte,
je ne pourrais que m'améliorer.
Merci à Notre-Dernier-Espoir d'avoir corrigé mes fautes!

# Posté le jeudi 28 mai 2009 03:39

Modifié le mercredi 01 juillet 2009 03:48

. . 2. . . © Luune *

 .  .  2. .   .  © Luune *
« Dans la vie, les jeux sont donnés,
mais avec un jeu donné,
chacun peut faire une partie différente. »
Goethe.






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............................. N'avez-vous jamais eu l'envie, déroutante et pourtant si rassurante, de vouloir faire une pause au milieu de votre vie ? Un plongeon dans le néant, ressourçant et bénéfique pour l'âme et le c½ur ? J'avais toujours eu cette idée folle. Je m'étais toujours dit qu'après un tel repos, j'ouvrirais les yeux sur un monde nouveau. Je pourrais être une nouvelle image de moi.
Et pourtant...

.............................Lorsque j'avais repris conscience, au beau milieu de cet endroit inconnu, j'avais paniqué. Les murs autour de moi étaient blancs, sans vie. J'étais allongée dans un lit, qui n'était pas le mien. Une fenêtre discrète laissait entrer des faisceaux de lumière timides. Un tableau grisâtre et morose faisait office de décoration, rajoutant encore plus de tristesse à l'endroit. Je m'étais redressée, faiblement. Ma tête cognait, ma mémoire était brouillée. Où étais-je ? Dans un hôpital, visiblement. Que s'était-il passé ? Je me souvenais de mon rendez-vous avec Mandy, de sa voix perçante, de la Croisette. Mais de rien d'autre. Rien ne semblait cohérent. Mes souvenirs me trompaient. Déstabilisée, j'avais voulu sortir de mon lit. Une fois debout, je m'étais rassise. Une douleur infernale, trop puissante pour être normale, avait jaillie dans ma tête et avait immobilisé mon corps, trop faible face à cette nouvelle sensation. Qu'avais-je bien pu faire à cette soirée, la veille ? Rien ne coïncidait.

.............................La porte s'était alors ouverte, sans délicatesse aucune. Une femme, toute vêtue de blanc, était entrée avec brutalité. Elle m'avait jaugée, puis s'était avancée.

« Vous êtes enfin parmi nous, mademoiselle Thomas ?! Tendez votre bras, s'il vous plait. »

L'infirmière au regard cerné et contrarié avait alors pris ma tension.

« Huit seulement. Ce n'est pas beaucoup. »

« Que s'est-il passé ? Pourquoi suis-je ici ? »


A l'entente de cette question, son regard avait laissé entrevoir de la surprise.

« Vous ne vous souvenez pas de ce qu'il vous est arrivé ? »

Sa stupéfaction avait éveillé la mienne.

« Non, pas du tout. »

« Vous avez fait un malaise. C'est un de vos amis qui vous a emmené. Vous venez seulement de reprendre conscience. »

« Depuis combien de temps suis-je ici ? Et qui est cette personne qui m'a conduite ici ? »

« Et bien, vous êtes arrivée il y a dix minutes environ, nous attendions que vous vous réveilliez. Je ne sais pas exactement qui est cet homme, mais en tout cas, il est très inquiet pour vous. Je vais l'avertir de votre réveil. Et appeler un médecin. Comment est-ce que vous vous sentez ? »


Plus que surprise, j'étais déroutée. Qui pouvait bien être cet homme ? Je n'en connaissais aucun qui daignait s'inquiéter pour moi.

« Je me sens faible. J'ai très mal à la tête. »

« Je vais avertir le médecin. En attendant, avalez ceci. »


L'infirmière me tendait un cachet. Je l'avais avalé, espérant un effet quelconque, du moment que ça estompe un tant soit peu la douleur. L'infirmière s'en était allé. J'avais attendu "l'homme" mystérieux, qui ne s'était pas fait attendre très longtemps. Perplexe, je l'avais regardé se diriger à mon chevet, la mine effarée, les cheveux en bataille. J'avais reconnu un de ces garçons de l'université, de ceux que je regardais toujours de haut. Or, ce jour-là, il m'apparaissait différent. Comme si je le voyais pour la première fois. Il avait ce charme indescriptible, celui qui tord le c½ur, celui qui nous prend directement aux tripes, qui nous rend impuissant.

« Bonjour... »

L'écho de sa voix avait fait tressaillir mon c½ur. Une sensation inconnue s'était emparée de ma personne, une sensation qui m'inquiétait. Je me sentais faiblir, et plus seulement à cause de ma douleur. Ou plutôt, à cause d'une douleur bien différente. J'avais senti mes joues s'empourprer, chose qui ne m'était encore jamais arrivé. Jusque là, j'avais toujours été maîtresse de moi-même et de mes émotions. Mais à ce moment-là, je n'étais plus la même. Je savais pertinemment que je ne serais plus la Chris que j'avais toujours été. Je sentais un changement. Profond.

« Bonjour... »

Ma voix avait laissé entrevoir une émotion que je ne voulais pas montrer.

« Comment te sens-tu ? »

Son naturel me décontenançait. Je ne savais quoi lui répondre, déroutée par l'état dans lequel j'étais depuis qu'il avait franchi le seuil de cette chambre. Ma tête ne voulait pas cesser le mal. Cette douleur avait-elle une emprise sur moi, me changeant de l'intérieur ?

« Peut-être pourrais-tu m'expliquer ce que je fais ici, ce qu'il s'est passé... »

« Tu ne te souviens pas ? Tu étais avec ton... amie, sur la Croisette. J'étais sur le trottoir d'en face, quand je t'ai vu t'écrouler. Je suis tout de suite intervenu, ton amie semblait ne pas savoir quoi faire face à un évanouissement. Tu ne voulais pas reprendre conscience alors je t'ai emmené ici. »

« Et Mandy... Où est-elle ? »

« Elle avait mieux à faire, apparemment. Elle a eu un coup de téléphone, et elle est quasiment partie en courant. Je sais qu'on ne se connaît pas, mais si je peux te donner un conseil... »

« Je sais... Je devrais mieux choisir mes amis. »

« Je ne voulais en aucun cas te froisser, Christina. Désolé si c'est le cas. »

« Tu sais comment je m'appelle ? »

« Qui ne le sait pas... Je suis dans la même université que toi. »

« C'est ce qu'il me semblait... »


Un bruit de porte qui s'ouvre nous avait interrompus. Un homme grand aux cheveux grisonnants était entré en trombe, l'air pressé.

« Bonjour, mademoiselle Thomas. Je suis le docteur Marquez. Monsieur, je suis dans l'obligation de vous demander de sortir. »

« Pas de problème. Je reviens après, Christina, si tu n'y vois pas d'inconvénients. »

« Non... »

« Au fait... Je m'appelle Nathanaël. »


Il m'avait alors sourit, puis il était sorti, me laissant seule face au médecin impressionnant posté debout devant mon lit. Plongé dans son dossier, les lunettes posées nonchalamment sur le bout de son nez, il m'avait demandé :

« Donc vous avez mal à la tête... Le médicament que vous a donné l'infirmière a-t-il fait effet ? »

« Pas du tout. »

« Bien. Vous allez rester en observation jusqu'à ce soir. Je vais vous donner quelque chose qui devrait apaiser la douleur. Si quand je reviens elle n'est toujours pas dissipée, je vous fais faire un scanner. »

« Un scanner ? Carrément ? »


J'étais totalement stupéfaite. On ne pouvait pas prendre une telle mesure pour de simple maux de tête. Sauf s'il pensait que c'était grave.

« Oui, mademoiselle Thomas. Vous êtes tombée dans les pommes. Ce n'est pas à prendre à la légère. »

Sur ces mots qui avaient su m'inquiéter, il était parti. La déroute avait maintenant céder sa place à la peur. J'étais seule. Dans une chambre d'hôpital pour une journée entière, avec ma douleur comme seule compagnie. A l'extérieur, le ciel était bleu. Des oiseaux volaient, semblant se chercher. Le soleil brillait intensément. C'était la première fois de ma vie que je ressentais le besoin de vivre. Une larme nourrie par l'inquiétude et le regret avait perlé sur ma joue. Je ressentais quelque chose de mauvais. Quelque chose de mauvais allant s'abattre sur moi, me punissant de ne jamais avoir fait quelque chose de bon dans ma vie.

Une main s'était délicatement posée sur la mienne, m'extirpant de ma douleur mentale. J'avais détourné le regard de la fenêtre. Ses yeux étaient rivés sur moi. Je n'étais pas seule. Nathanaël était là.






***





.............................Ses yeux vert émeraude étaient plongés dans les miens. Je ne savais pas exactement s'il attendait simplement que je brise le silence, ou bien s'il était dans le même état que moi. Est-ce qu'il faisait aussi chaud chez lui que chez moi ? Cette chaleur me consumait, sans que je puisse la contrôler. Et cette chaleur, c'était lui, sa présence, sa main qui ne voulait pas s'ôter du dessus de la mienne, ses cheveux bruns ébouriffés. Mon c½ur s'emballait, sans que je puisse le comprendre. J'en oubliais presque de respirer, comme si mon unique oxygène était son regard. J'avais baissé mon regard, essayant en vain de retrouver mon libre arbitre. Jamais encore je n'avais été possédée par de tels sentiments. Des sentiments si forts qu'ils en faisaient presque mal. Je ne comprenais pas. Comment pouvais-je éprouver ça ? Il m'était totalement inconnu. C'était totalement insensé. L'amour était-il si incontrôlable, si dépourvu d'entendement ? Nathanaël s'était incrusté dans ma vie, avec force. Je n'avais pas eu le choix. Ils s'étaient imposés, lui et tous les chamboulements qui allaient avec.
La situation était étrange, déstabilisante.

_ Comment te sens-tu, Christina ? m'avait interrogé Nathanaël, me sortant de mes songes.

_ Je n'en sais rien... Je préférerais que tu m'appelles Chris.

_ A ta guise. Que t'as dit le médecin ?


Je ne comprenais pas l'intérêt qu'il me portait. Il avait beau perturber ma tête et mon c½ur, je n'assimilais pas sa présence dans cette chambre, à mon chevet. Il m'avait conduit à l'hôpital, et après ? Pourquoi s'inquiétait-il tant pour moi, pourquoi restait-il ?

_ Ecoute... Je te remercie de m'avoir conduite ici... Mais je ne vois pas l'intérêt que tu restes. On ne se connaît même pas.

Il n'avait même pas montré un bref étonnement lorsque je lui avais répondu. Comme s'il s'était attendu avec certitude à ce genre de réaction. Etais-je si prévisible ? C'était sûrement une marque de ma superficialité. Après tout, la réputation que j'avais faisait croire aux gens qu'ils me connaissaient.

_ Si tu cherches à me faire partir, tu n'y arriveras pas Chris.

Il avait dit cela avec une telle détermination que j'en avais été littéralement stupéfaite. J'avais eu, sur le coup, envie de l'étrangler : pour qui se prenait-il ? Puis, mon c½ur m'avait rappelé à l'ordre, mon c½ur que je ne maîtrisais plus. Nathanaël était sûrement la seule personne qui me portait un quelconque intérêt. Mandy avait sûrement eu un appel de Marc, son cher et tendre manipulateur, pour être partie aussi vite. Mon père était en voyage d'affaire aux Etats-Unis, il ne l'aurait certainement pas interrompu pour sa fille qu'il ne voyait quasiment jamais. Et ma mère, ce n'était même pas la peine d'y penser. Jamais encore la solitude ne m'avait tant touchée. C'était même la première fois que j'en avais autant conscience.

_ Je vais rester ici, Chris. Je ne tiens pas à te laisser seule.

La seule chose que j'avais pu lui dire, les yeux embués de larmes, était :

_ Mais pourquoi ?

_ Parce que si je m'en vais, je mets ma main à couper que tu passeras cette difficile journée seule dans cette chambre d'hôpital sinistre et déprimante.


Je n'avais pas su ravaler mes larmes. Je ne comprenais pas. Il avait une influence sur mon c½ur, non pas sur moi. C'était lui, la source de mes pleurs. Tout ce qu'il me disait était vrai. Horriblement vrai. J'avais toujours su tout ça. Mais jamais je ne m'étais laissé atteindre par cette vérité foudroyante. Je ne le voulais pas. Je trouvais ça inutile. Et Nathanaël n'avait eu qu'à la prononcer, cette vérité, pour réduire ma carapace forgée depuis tant d'années à néant. Il avait cette force que personne n'avait jamais eue, que personne ne s'était donné la peine d'avoir pour moi. Il m'avait tendu un mouchoir, geste délicat. Il n'avait rien dit, rien fait, durant tout le temps où mes larmes avaient coulé, preuve de sa finesse.

.............................Dehors, la nuit semblait s'étendre, ne laissant que la lune propager sa couleur argentée. La journée avait défilé, dans mes larmes, dans mon mal, et dans mon silence. Mais Nathanaël n'était pas parti. Il était resté dans ce vieux fauteuil, il avait juste témoigné de sa présence. Il n'avait pas su altérer mes sentiments nouveaux, juste les amplifier. Invraisemblablement, j'étais certaine d'une chose : je l'aimais. C'était écrit. Je le sentais dans chaque parcelle de mon corps. Je l'avais senti dans le silence approprié qui avait régné tout l'après midi. Je l'avais senti lorsque sa main avait touché la mienne et que mes poils s'étaient hérissés, provoquant un frisson troublant. Je l'avais senti lorsqu'il m'avait regardé, quand mon c½ur avait pleuré de voir tant de beauté. Ce sentiment nouveau m'avait envahie jusqu'à la moelle de mes os.

_ Merci. Lui avais-je murmuré.

Il ne m'avait rien répondu. Il s'était simplement levé, m'avait souri, et avait repris ma main. Sa main que je n'avais pu m'empêcher de serrer. C'était plus fort que moi. Mon esprit était paralysé,seul mon c½ur décidait. J'avais plongé mes yeux dans les siens, et mon ventre s'était noué. J'avais eu l'agréable impression que nous étions seuls au monde.

_ Alors, mademoiselle Thomas, ce mal de tête ?

Je n'avais même pas entendu le docteur Marquez entrer dans la chambre.

_ Je vais chercher un café. A tout à l'heure.

Nathanaël était sorti, et, à ce moment là, j'avais haïs cet homme qui avait brisé ce moment plein d'intensité.

_ Toujours là, ce mal de tête. Lui avais-je répondu, amère et lassée.

_ Et bien nous allons vous faire faire un scanner.


Le docteur Marquez, comme à son habitude, avait le nez plongé dans son dossier. Il écrivait des choses qui étaient destinées aux infirmières. Je m'étais risqué à l'interrompre.

_ Docteur... J'aimerais savoir... Qu'est-ce que vous pourriez découvrir, avec ce scanner ?

Il avait relevé son regard, et s'était assis dans le fauteuil où Nathanaël avait passé l'après-midi.

_ Rien n'est sûr, il s'agit d'une précaution. Un scanner sert généralement à déceler d'éventuelles tumeurs.

_ Je pourrais en avoir une ?

_ Le médicament que je vous aie administré ce matin aurait dû endiguer la douleur. Or, ce n'est pas le cas. Il se pourrait que vous ayez une tumeur, je ne vous le cache pas. Mais rien n'est sûr tant que vous n'avez pas fait l'examen. Je vais voir de suite lorsque notre scanner est libre, une infirmière viendra vous chercher à ce moment-là. Pas d'inquiétude inutile, en attendant, reposez-vous.


Il était ensuite parti. Je ne réalisais pas encore la gravité de la situation. Une boule énorme obstruait ma gorge, perturbant ma respiration. Je n'attendais qu'une chose : que Nathanaël soit à nouveau à mes côtés.




Voilà pour cette seconde partie, en espérant qu'elle vous plaise.
Petites questions : Que pensez-vous de Nathanaël?
............................. Quelle image vous faites-vous de Chris?

Je pense que le prochain chapitre sera un point de vue de Nathanaël.
Qu'en pensez-vous?!

Merci une nouvelle fois à Ju', d'avoir eu la patience de corriger mes fautes.
Aller faire un tour chez elle, ses mots sont des merveilles =)

# Posté le vendredi 05 juin 2009 09:22

Modifié le mercredi 01 juillet 2009 08:12

. . 3. . . © Luune *

.   . 3.  .  .  © Luune *




"Vivre, ce n'est ni respirer, ni souffrir, ni même être heureux,
Vivre est un secret que l'on ne peut découvrir qu'à deux.
Le bonheur est un travail d'équipe. "
Romain Gary.








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Point de vue de Nathanaël.


............................. J'avais quitté mes parents quand j'avais dix sept ans, pour venir étudier au soleil. Un choix que j'avais fait non sans mal. Il m'avait fallu des mois de travail pour me le permettre, ainsi que tout l'amour que mes parents avaient su me donner. Ils voulaient le meilleur pour moi. Alors pouvoir me permettre de réaliser l'un de mes projets était pour eux une source complète de bonheur. C'était des parents aimants. Je ne savais pas si l'on pouvait en trouver de meilleurs. Ils m'avaient toujours inculqué les bonnes valeurs, et m'avaient appris à me battre pour parvenir à réaliser mes rêves. Je m'étais toujours souvenu de cet instant où ma mère m'avait montré que rien n'était impossible. Je devais avoir cinq ans, je nourrissais l'espoir de grimper sur le pommier du jardin, et ma mère m'avait dit :

« Bat toi mon chéri, si tu veux monter dans cet arbre, persévère. Un beau jour, tu seras au sommet de ce pommier, et tu seras fier de la façon dont tu y es parvenu. Parce que tu te seras acharné, et que tu n'auras pas baissé les bras devant la difficulté de ton objectif. »

............................. Jamais je n'avais su si j'avais compris ces paroles si pleines de sens, à ce moment-là. Mais elles m'avaient suivi tout au long de mon existence. Et quand il m'était arrivé de perdre espoir, ces mots maternels m'avaient constamment motivé. Ce sont ces mots qui m'ont conduit dans cette ville, ce sont ces mots qui m'ont permis de réussir mes études, et ce sont ces mots qui m'ont permis de l'affronter, elle, cette personne qui semblait inaccessible à tous. Elle se nommait Christina. Et elle était belle, d'une façon mystérieuse, d'une façon qui m'attirait, j'étais fasciné.


............................. La première fois que je l'avais aperçue, c'était dans l'amphithéâtre. Elle était dans son coin, pensive, collée contre un mur. Elle semblait vivre dans un autre monde. Le regard plongé dans le vide, la foule d'étudiants tout autour et leur cohue semblait l'indifférer. Elle avait de longs cheveux noirs, bien dressés, mais qui cachaient quelque peu son visage angélique. Je n'avais pas pu la voir entièrement et distinctement ce jour-là, mais je me souvenais très bien l'effet qu'elle avait eu, inconsciemment, sur moi. Elle m'avait ébloui, d'une lueur qui m'avait directement désintégré le c½ur. Je n'avais pas compris au départ. Ce n'était pas la première jolie fille que je voyais, mais bel et bien la première qui avait une beauté aussi insolente et prisonnière d'elle-même. C'était à partir de cet instant que je l'avais observée. Elle. Il ne m'avait pas fallu beaucoup de temps pour apprendre son prénom, et je n'avais eu aucune difficulté à obtenir des informations sur elle. Christina Thomas. Fille du richissime homme d'affaire Jean-Paul Thomas, qui avait fait fortune dans l'immobilier, et qui étendait son empire un peu partout dans le monde. Chris, plus communément. Réputée pour faire la tournée des bars et des boites branchées, du shopping à tout va, et pour son panel de conquêtes. Il était flagrant que tout le monde la méprisait : par jalousie, par rancune, il était impossible de savoir véritablement. Elle continuait à m'intriguer, elle et son charme si différent, son mystère si inconscient. C'était le jour où j'avais vu ses yeux, que j'avais été encore plus foudroyé. Nous nous étions croisés, elle allant dans un sens, moi dans l'autre. Elle m'avait jeté un regard furtif, qui m'avait laissé apercevoir la profondeur océanique de ses pupilles. Je m'étais senti tombé, submergé. Ses yeux étaient si vides et si pleins en même temps. L'expression de son visage était si absente, froide, transparente. Elle était devenue une obsession. Elle et son énigme. Et je m'étais juré de la résoudre, parce qu'il m'était impossible de faire autrement, inconcevable de l'oublier. L'intrigue était bien trop forte.


............................. Et puis était venu ce jour. Ce jour où je l'avais aperçu ailleurs qu'à l'université. Elle marchait sur la Croisette, devant des haies en fleurs qui sublimaient sa beauté. Le vent faisait virevolter ses cheveux sombres. Elle s'était arrêté au milieu de son chemin, elle avait observé ce qui l'entourait : l'horizon étendait la mer, le soleil frappait aussi fort qu'il en était capable. Des enfants jouaient, des couples se promenaient main dans la main. Et comme j'avais eu envie de toucher sa main à elle, ce jour-là ! Personne ne lui prêtait attention, personne ne pouvait voir la mélancolie qui était installée sur son visage. Sauf moi. Des cris avaient interrompus sa réflexion qui semblait si profonde. Une blonde au bronzage artificiel courait vers elle, lunette de soleil sur le nez, un sac Gucci à la main. Chris avait l'air totalement agacée, je n'avais pu m'empêcher d'esquisser un rire. Elles avaient discuté ensemble quelques instants, il était visible que leur conversation était houleuse. Il m'était impossible de savoir si ça avait été la source de ce qu'il s'était passé. J'avais immédiatement couru sur le trottoir qui me faisait face, me moquant des quelconques bolides qui passaient sur la route, quand j'avais vu Christina s'évanouir. Son « amie » était resté impassible, j'avais eu envie de l'étriper sur le coup. Cependant, j'avais gardé mon calme, pour Christina, inconsciente au milieu de la foule. Son « amie », affairée au téléphone, semblait être déjà partie. A la fin de son appel, elle avait enfin daigné s'adresser à moi : « Tu diras à Chris que j'ai du partir, et de m'appeler ! Ciao ! ». Elle était partie, comme si de rien n'était. Comme si Chris s'était simplement endormie, à côté d'elle. J'étais éc½uré. Comment pouvait-on être à ce point méprisable ? Ce comportement, inconnu pour moi jusque là, m'avait dépassé.
Je m'étais empressé d'appeler une ambulance.
Une fois à l'hôpital, j'avais attendu qu'elle se réveille, anxieux comme jamais. J'avais peur de ce que signifiait ce malaise, et, d'une manière incompréhensible, mon c½ur m'intimait douloureusement que ce n'était pas un bon présage.
L'infirmière s'était voulu rassurante, j'avais tressailli lorsqu'elle m'avait annoncé le réveil de Christina. Mon anxiété allait de paire avec l'angoisse que j'éprouvais à l'idée de la rencontrer véritablement. J'étais entré dans la chambre, prudemment. J'avais vu son regard inquiet, incertain, méfiant. Elle se demandait qui j'étais, comment elle avait atterri ici. C'était si perceptible. Trop d'émotion la submergeait. Son regard était plus hypnotique pour moi que jamais. Il n'y avait plus assez de mots dans mon vocabulaire pour établir une liste de tout ce qu'elle représentait à mes yeux.


............................. La machine à café avait du subir mon accès de nervosité. Agacé par sa lenteur, je l'avais agressé d'un coup de pied brutal. La vérité était que j'avais peur. Horriblement peur, une peur qui me déchirait les entrailles seconde après seconde, et qui fissurait mon âme. Christina avait du rester toute la journée en observation. J'étais resté à ses côtés, j'avais largement ressenti son inquiétude, et le regard lourd des infirmières et du médecin n'arrangeait rien. Mon c½ur ne voulait pas se taire, et son impression désagréable inexpliquée ne voulait pas s'en aller, ni même se dissiper un tant soi peu.
J'avais noué une drôle de relation en une journée avec Christina. J'avais écouté son silence avec attention, et en aucun cas je n'avais eu besoin de ses mots pour comprendre ses sentiments. J'avais vu ses larmes. Ses larmes qui m'avaient broyés le c½ur, molécule après molécule. Je m'étais senti impuissant, impuissant face à une douleur que j'aurais aimé ressentir moi-même pour la lui épargner. J'avais posé ma main sur la sienne, ne pouvant contrôler la vague de frisson qui m'avait envahie, chacun de mes pores étaient en ébullition totale. Je n'avais pu m'empêcher, en dépit de tout le reste, d'être heureux du fait qu'elle ne m'avait pas rejeté. Elle avait bien essayé de faire en sorte que je parte, prenant appui sur son incompréhension, mais je l'avais devancé par ma détermination. Jamais je ne serais parti, même si elle m'avait supplié. J'étais là, j'avais besoin de lui communiquer cet amour, ce feu qui brûlait en moi depuis la première fois que je l'avais vue. J'avais besoin d'elle.


............................. Avec appréhension, j'étais retourné dans sa chambre austère. Elle était absente, mentalement. Son visage était perdu dans le vide. Je m'étais, avec douceur et délicatesse, approché d'elle pour ne pas la bousculer dans ses songes. Mon c½ur avait battu si fort qu'il m'en avait coupé la respiration : elle s'était jeté dans mes bras.





Voilà voilà. Je ne me suis jamais mise dans la peau d'un homme, c'est une grande première!
J'espère donc avoir été à la hauteur, je ne vous cache pas mon appréhension...
Dites moi ce que vous en pensez !

# Posté le lundi 15 juin 2009 05:27

Modifié le mercredi 01 juillet 2009 03:49