« Dans la vie, les jeux sont donnés,
mais avec un jeu donné,
chacun peut faire une partie différente. »
Goethe.
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............................. N'avez-vous jamais eu l'envie, déroutante et pourtant si rassurante, de vouloir faire une pause au milieu de votre vie ? Un plongeon dans le néant, ressourçant et bénéfique pour l'âme et le c½ur ? J'avais toujours eu cette idée folle. Je m'étais toujours dit qu'après un tel repos, j'ouvrirais les yeux sur un monde nouveau. Je pourrais être une nouvelle image de moi.
Et pourtant...
.............................Lorsque j'avais repris conscience, au beau milieu de cet endroit inconnu, j'avais paniqué. Les murs autour de moi étaient blancs, sans vie. J'étais allongée dans un lit, qui n'était pas le mien. Une fenêtre discrète laissait entrer des faisceaux de lumière timides. Un tableau grisâtre et morose faisait office de décoration, rajoutant encore plus de tristesse à l'endroit. Je m'étais redressée, faiblement. Ma tête cognait, ma mémoire était brouillée. Où étais-je ? Dans un hôpital, visiblement. Que s'était-il passé ? Je me souvenais de mon rendez-vous avec Mandy, de sa voix perçante, de la Croisette. Mais de rien d'autre. Rien ne semblait cohérent. Mes souvenirs me trompaient. Déstabilisée, j'avais voulu sortir de mon lit. Une fois debout, je m'étais rassise. Une douleur infernale, trop puissante pour être normale, avait jaillie dans ma tête et avait immobilisé mon corps, trop faible face à cette nouvelle sensation. Qu'avais-je bien pu faire à cette soirée, la veille ? Rien ne coïncidait.
.............................La porte s'était alors ouverte, sans délicatesse aucune. Une femme, toute vêtue de blanc, était entrée avec brutalité. Elle m'avait jaugée, puis s'était avancée.
« Vous êtes enfin parmi nous, mademoiselle Thomas ?! Tendez votre bras, s'il vous plait. »
L'infirmière au regard cerné et contrarié avait alors pris ma tension.
« Huit seulement. Ce n'est pas beaucoup. »
« Que s'est-il passé ? Pourquoi suis-je ici ? »
A l'entente de cette question, son regard avait laissé entrevoir de la surprise.
« Vous ne vous souvenez pas de ce qu'il vous est arrivé ? »
Sa stupéfaction avait éveillé la mienne.
« Non, pas du tout. »
« Vous avez fait un malaise. C'est un de vos amis qui vous a emmené. Vous venez seulement de reprendre conscience. »
« Depuis combien de temps suis-je ici ? Et qui est cette personne qui m'a conduite ici ? »
« Et bien, vous êtes arrivée il y a dix minutes environ, nous attendions que vous vous réveilliez. Je ne sais pas exactement qui est cet homme, mais en tout cas, il est très inquiet pour vous. Je vais l'avertir de votre réveil. Et appeler un médecin. Comment est-ce que vous vous sentez ? »
Plus que surprise, j'étais déroutée. Qui pouvait bien être cet homme ? Je n'en connaissais aucun qui daignait s'inquiéter pour moi.
« Je me sens faible. J'ai très mal à la tête. »
« Je vais avertir le médecin. En attendant, avalez ceci. »
L'infirmière me tendait un cachet. Je l'avais avalé, espérant un effet quelconque, du moment que ça estompe un tant soit peu la douleur. L'infirmière s'en était allé. J'avais attendu "l'homme" mystérieux, qui ne s'était pas fait attendre très longtemps. Perplexe, je l'avais regardé se diriger à mon chevet, la mine effarée, les cheveux en bataille. J'avais reconnu un de ces garçons de l'université, de ceux que je regardais toujours de haut. Or, ce jour-là, il m'apparaissait différent. Comme si je le voyais pour la première fois. Il avait ce charme indescriptible, celui qui tord le c½ur, celui qui nous prend directement aux tripes, qui nous rend impuissant.
« Bonjour... »
L'écho de sa voix avait fait tressaillir mon c½ur. Une sensation inconnue s'était emparée de ma personne, une sensation qui m'inquiétait. Je me sentais faiblir, et plus seulement à cause de ma douleur. Ou plutôt, à cause d'une douleur bien différente. J'avais senti mes joues s'empourprer, chose qui ne m'était encore jamais arrivé. Jusque là, j'avais toujours été maîtresse de moi-même et de mes émotions. Mais à ce moment-là, je n'étais plus la même. Je savais pertinemment que je ne serais plus la Chris que j'avais toujours été. Je sentais un changement. Profond.
« Bonjour... »
Ma voix avait laissé entrevoir une émotion que je ne voulais pas montrer.
« Comment te sens-tu ? »
Son naturel me décontenançait. Je ne savais quoi lui répondre, déroutée par l'état dans lequel j'étais depuis qu'il avait franchi le seuil de cette chambre. Ma tête ne voulait pas cesser le mal. Cette douleur avait-elle une emprise sur moi, me changeant de l'intérieur ?
« Peut-être pourrais-tu m'expliquer ce que je fais ici, ce qu'il s'est passé... »
« Tu ne te souviens pas ? Tu étais avec ton... amie, sur la Croisette. J'étais sur le trottoir d'en face, quand je t'ai vu t'écrouler. Je suis tout de suite intervenu, ton amie semblait ne pas savoir quoi faire face à un évanouissement. Tu ne voulais pas reprendre conscience alors je t'ai emmené ici. »
« Et Mandy... Où est-elle ? »
« Elle avait mieux à faire, apparemment. Elle a eu un coup de téléphone, et elle est quasiment partie en courant. Je sais qu'on ne se connaît pas, mais si je peux te donner un conseil... »
« Je sais... Je devrais mieux choisir mes amis. »
« Je ne voulais en aucun cas te froisser, Christina. Désolé si c'est le cas. »
« Tu sais comment je m'appelle ? »
« Qui ne le sait pas... Je suis dans la même université que toi. »
« C'est ce qu'il me semblait... »
Un bruit de porte qui s'ouvre nous avait interrompus. Un homme grand aux cheveux grisonnants était entré en trombe, l'air pressé.
« Bonjour, mademoiselle Thomas. Je suis le docteur Marquez. Monsieur, je suis dans l'obligation de vous demander de sortir. »
« Pas de problème. Je reviens après, Christina, si tu n'y vois pas d'inconvénients. »
« Non... »
« Au fait... Je m'appelle Nathanaël. »
Il m'avait alors sourit, puis il était sorti, me laissant seule face au médecin impressionnant posté debout devant mon lit. Plongé dans son dossier, les lunettes posées nonchalamment sur le bout de son nez, il m'avait demandé :
« Donc vous avez mal à la tête... Le médicament que vous a donné l'infirmière a-t-il fait effet ? »
« Pas du tout. »
« Bien. Vous allez rester en observation jusqu'à ce soir. Je vais vous donner quelque chose qui devrait apaiser la douleur. Si quand je reviens elle n'est toujours pas dissipée, je vous fais faire un scanner. »
« Un scanner ? Carrément ? »
J'étais totalement stupéfaite. On ne pouvait pas prendre une telle mesure pour de simple maux de tête. Sauf s'il pensait que c'était grave.
« Oui, mademoiselle Thomas. Vous êtes tombée dans les pommes. Ce n'est pas à prendre à la légère. »
Sur ces mots qui avaient su m'inquiéter, il était parti. La déroute avait maintenant céder sa place à la peur. J'étais seule. Dans une chambre d'hôpital pour une journée entière, avec ma douleur comme seule compagnie. A l'extérieur, le ciel était bleu. Des oiseaux volaient, semblant se chercher. Le soleil brillait intensément. C'était la première fois de ma vie que je ressentais le besoin de vivre. Une larme nourrie par l'inquiétude et le regret avait perlé sur ma joue. Je ressentais quelque chose de mauvais. Quelque chose de mauvais allant s'abattre sur moi, me punissant de ne jamais avoir fait quelque chose de bon dans ma vie.
Une main s'était délicatement posée sur la mienne, m'extirpant de ma douleur mentale. J'avais détourné le regard de la fenêtre. Ses yeux étaient rivés sur moi. Je n'étais pas seule. Nathanaël était là.
***
.............................Ses yeux vert émeraude étaient plongés dans les miens. Je ne savais pas exactement s'il attendait simplement que je brise le silence, ou bien s'il était dans le même état que moi. Est-ce qu'il faisait aussi chaud chez lui que chez moi ? Cette chaleur me consumait, sans que je puisse la contrôler. Et cette chaleur, c'était lui, sa présence, sa main qui ne voulait pas s'ôter du dessus de la mienne, ses cheveux bruns ébouriffés. Mon c½ur s'emballait, sans que je puisse le comprendre. J'en oubliais presque de respirer, comme si mon unique oxygène était son regard. J'avais baissé mon regard, essayant en vain de retrouver mon libre arbitre. Jamais encore je n'avais été possédée par de tels sentiments. Des sentiments si forts qu'ils en faisaient presque mal. Je ne comprenais pas. Comment pouvais-je éprouver ça ? Il m'était totalement inconnu. C'était totalement insensé. L'amour était-il si incontrôlable, si dépourvu d'entendement ? Nathanaël s'était incrusté dans ma vie, avec force. Je n'avais pas eu le choix. Ils s'étaient imposés, lui et tous les chamboulements qui allaient avec.
La situation était étrange, déstabilisante.
_ Comment te sens-tu, Christina ? m'avait interrogé Nathanaël, me sortant de mes songes.
_ Je n'en sais rien... Je préférerais que tu m'appelles Chris.
_ A ta guise. Que t'as dit le médecin ?
Je ne comprenais pas l'intérêt qu'il me portait. Il avait beau perturber ma tête et mon c½ur, je n'assimilais pas sa présence dans cette chambre, à mon chevet. Il m'avait conduit à l'hôpital, et après ? Pourquoi s'inquiétait-il tant pour moi, pourquoi restait-il ?
_ Ecoute... Je te remercie de m'avoir conduite ici... Mais je ne vois pas l'intérêt que tu restes. On ne se connaît même pas.
Il n'avait même pas montré un bref étonnement lorsque je lui avais répondu. Comme s'il s'était attendu avec certitude à ce genre de réaction. Etais-je si prévisible ? C'était sûrement une marque de ma superficialité. Après tout, la réputation que j'avais faisait croire aux gens qu'ils me connaissaient.
_ Si tu cherches à me faire partir, tu n'y arriveras pas Chris.
Il avait dit cela avec une telle détermination que j'en avais été littéralement stupéfaite. J'avais eu, sur le coup, envie de l'étrangler : pour qui se prenait-il ? Puis, mon c½ur m'avait rappelé à l'ordre, mon c½ur que je ne maîtrisais plus. Nathanaël était sûrement la seule personne qui me portait un quelconque intérêt. Mandy avait sûrement eu un appel de Marc, son cher et tendre manipulateur, pour être partie aussi vite. Mon père était en voyage d'affaire aux Etats-Unis, il ne l'aurait certainement pas interrompu pour sa fille qu'il ne voyait quasiment jamais. Et ma mère, ce n'était même pas la peine d'y penser. Jamais encore la solitude ne m'avait tant touchée. C'était même la première fois que j'en avais autant conscience.
_ Je vais rester ici, Chris. Je ne tiens pas à te laisser seule.
La seule chose que j'avais pu lui dire, les yeux embués de larmes, était :
_ Mais pourquoi ?
_ Parce que si je m'en vais, je mets ma main à couper que tu passeras cette difficile journée seule dans cette chambre d'hôpital sinistre et déprimante.
Je n'avais pas su ravaler mes larmes. Je ne comprenais pas. Il avait une influence sur mon c½ur, non pas sur moi. C'était lui, la source de mes pleurs. Tout ce qu'il me disait était vrai. Horriblement vrai. J'avais toujours su tout ça. Mais jamais je ne m'étais laissé atteindre par cette vérité foudroyante. Je ne le voulais pas. Je trouvais ça inutile. Et Nathanaël n'avait eu qu'à la prononcer, cette vérité, pour réduire ma carapace forgée depuis tant d'années à néant. Il avait cette force que personne n'avait jamais eue, que personne ne s'était donné la peine d'avoir pour moi. Il m'avait tendu un mouchoir, geste délicat. Il n'avait rien dit, rien fait, durant tout le temps où mes larmes avaient coulé, preuve de sa finesse.
.............................Dehors, la nuit semblait s'étendre, ne laissant que la lune propager sa couleur argentée. La journée avait défilé, dans mes larmes, dans mon mal, et dans mon silence. Mais Nathanaël n'était pas parti. Il était resté dans ce vieux fauteuil, il avait juste témoigné de sa présence. Il n'avait pas su altérer mes sentiments nouveaux, juste les amplifier. Invraisemblablement, j'étais certaine d'une chose : je l'aimais. C'était écrit. Je le sentais dans chaque parcelle de mon corps. Je l'avais senti dans le silence approprié qui avait régné tout l'après midi. Je l'avais senti lorsque sa main avait touché la mienne et que mes poils s'étaient hérissés, provoquant un frisson troublant. Je l'avais senti lorsqu'il m'avait regardé, quand mon c½ur avait pleuré de voir tant de beauté. Ce sentiment nouveau m'avait envahie jusqu'à la moelle de mes os.
_ Merci. Lui avais-je murmuré.
Il ne m'avait rien répondu. Il s'était simplement levé, m'avait souri, et avait repris ma main. Sa main que je n'avais pu m'empêcher de serrer. C'était plus fort que moi. Mon esprit était paralysé,seul mon c½ur décidait. J'avais plongé mes yeux dans les siens, et mon ventre s'était noué. J'avais eu l'agréable impression que nous étions seuls au monde.
_ Alors, mademoiselle Thomas, ce mal de tête ?
Je n'avais même pas entendu le docteur Marquez entrer dans la chambre.
_ Je vais chercher un café. A tout à l'heure.
Nathanaël était sorti, et, à ce moment là, j'avais haïs cet homme qui avait brisé ce moment plein d'intensité.
_ Toujours là, ce mal de tête. Lui avais-je répondu, amère et lassée.
_ Et bien nous allons vous faire faire un scanner.
Le docteur Marquez, comme à son habitude, avait le nez plongé dans son dossier. Il écrivait des choses qui étaient destinées aux infirmières. Je m'étais risqué à l'interrompre.
_ Docteur... J'aimerais savoir... Qu'est-ce que vous pourriez découvrir, avec ce scanner ?
Il avait relevé son regard, et s'était assis dans le fauteuil où Nathanaël avait passé l'après-midi.
_ Rien n'est sûr, il s'agit d'une précaution. Un scanner sert généralement à déceler d'éventuelles tumeurs.
_ Je pourrais en avoir une ?
_ Le médicament que je vous aie administré ce matin aurait dû endiguer la douleur. Or, ce n'est pas le cas. Il se pourrait que vous ayez une tumeur, je ne vous le cache pas. Mais rien n'est sûr tant que vous n'avez pas fait l'examen. Je vais voir de suite lorsque notre scanner est libre, une infirmière viendra vous chercher à ce moment-là. Pas d'inquiétude inutile, en attendant, reposez-vous.
Il était ensuite parti. Je ne réalisais pas encore la gravité de la situation. Une boule énorme obstruait ma gorge, perturbant ma respiration. Je n'attendais qu'une chose : que Nathanaël soit à nouveau à mes côtés.
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Voilà pour cette seconde partie, en espérant qu'elle vous plaise.
Petites questions : Que pensez-vous de Nathanaël?
............................. Quelle image vous faites-vous de Chris?
Je pense que le prochain chapitre sera un point de vue de Nathanaël.
Qu'en pensez-vous?!
Merci une nouvelle fois à Ju', d'avoir eu la patience de corriger mes fautes.
Aller faire un tour chez elle, ses mots sont des merveilles =)